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3/9/2008 -

A M. Pascal Laugier, réalisateur de Martyrs

 

MARTYRS
De Pascal Laugier (St Ange)
Avec Mylène Jampanoï, Morjana Alaoui, Catherine Bégin...

Date de sortie : le 03 septembre 2008



    Merci M. Pascal Laugier, ô combien merci de nous avoir offert d'un tel film. Après St Ange, un peu inégal mais sauvé par une mise en scène littéralement fantomatique, vous nous comblez avec votre nouvel opus, Martyrs, preuve qu'il est possible de réaliser (enfin) un film de genre made in France. Il n'est pas dans mes habitudes d'écrire à un metteur en scène pour lui faire part de mes opinions concernant son cinéma, mais je ne peux m'empécher de vous adressez cet article tant vous venez de donner réalité à quelque chose que je pensais impossible et qui n'avait pas eu lieu depuis le Pacte des Loups.
    C'est en quelque sorte vous qui m'avez donné envie de voir Martyrs, vous qui m'avez poussé à aimer ce film. C'est il y a quelques mois, sur dvdrama.com, que je suis tombé par hasard sur un article annonçant le début de tournage d'un petit film d'horreur français. J'aurais pu laisser couler la nouvelle, pensant voir se profiler un erzats quelconque du déjà moyen Haute Tension ou du plus récent Frontières, mais c'était sans compter l'interview du réalisateur, vous, qui m'a profondément marqué. Dans cet article, vous faites part de votre frustration, de votre colère (dans laquelle je me suis tout de suite reconnu) à propos d'un cinéma français faiblard et mou, condamné à ressasser jusqu'à épuisement les mêmes comédies populaires ringardes (j'imagine d'ailleurs votre profond mépris pour le dernier chef-d'oeuvre en date, Bienvenue chez les Chtis).
    Et de la colère, il y en a dans Martyrs. Violent et sans concession, Martyrs apparaît comme une cure psychanalitique, où votre inconscient se décharge des éternels rediffusions des Visiteurs et de la Soupe au chou sur TF1 le dimanche soir. Assez d'un cinéma frileux, d'une télévision se parodiant elle-même, vous tapez là où ça fait mal avec Martyrs en réalisant un (le ?) film de genre à la française que l'on attendait désespérément. Si, en soi, l'évènement était déjà de taille, vous nous offrez en plus un bon film, ce qui semble à la limite du nirvana. Réussi dans son scénario (duquel il vaut mieux éviter de dévoiler des éléments), Martyrs fait preuve d'une mise en scène indiscutablement maitrisée, renforçant le choc que l'on éprouve à la vue du film. Chaque seconde est éprouvante, la violence des images qui défilent sous nos yeux cognent notre rétine de plus en plus fort, jusqu'à l'épuisement. Même la scène en apparence la plus soft du film, à savoir celle du petit déjeuner d'une famille lambda qui rappelle étrangement celle que l'on peut voir dans les sit-coms américaine, est insoutenable : une scène qui laisse tout de suite place au massacre sanglant de cette famille, femme et enfants compris. Une violence qui se rapproche plus d'un Haneke ou d'un Pasolini (plutôt que de cette nouvelle vague de l'horreur américaine où elle est à la fois sadique, gratuite et malsaine car de l'ordre du divertissement, cf Saw et Hostel), devenant de ce fait la thématique principale du film. Un peu à la manière d'un Cronenberg, vous explorez les rapports du corps et de l'esprit, ou comment ce qui touche au corps peut affecter l'esprit. On comprend maintenant pourquoi la polémique a tant anflé à propos de Martyrs ces dernières semaines, tant l'opinion que l'on peut avoir du film diffère selon les individus : histoire d'amour et film d'horreur maitrisé pour les uns, boucherie malsaine et gratuite pour les autres.
    Si les mots me manquent, je ne peux m'empécher d'ajouter ceci : A vous réalisateurs du royaume de France, courrez voir Martyrs et prenez en de la graine. A vous producteurs avares et frileux, laissez au cinéma de genre français une chance. A vous, ceux qui ont quitté le film au cours de la scéance, criant aux scandales, et ceux, trop gavés de Saw, qui se sont mis à pouffer de rire lors des scènes les plus violentes, retournez voir Bienvenue chez les Chtis, film assez ludique et bien pensant pour vous. A vous enfin, M. Pascal Laugier, je peux vous avouez avec la plus grande sincérité que je sors de Martyrs comme après une scéance de l'Exorciste. C'est dire si j'ai aimé. Le mot de la fin : chapeau bas.

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12/7/2008 -

Bruges, quand tu nous tiens

 

BONS BAISERS DE BRUGES
De Martin McDonagh
Avec Colin Farrell, Brendan Gleeson, Ralph Fienes...

Date de sortie : 25 juin 2008



    Ray et Ken sont deux tueurs londoniens. Après que Ray ait dû exécuter un contrat sous les ordres de Harry, ils se cachent, lui et Ken, dans la ville de Bruges, attendant plus d'instructions. Mais quel passé morbide cache le visage livide de Ray ?
    Comme Ray, BONS BAISERS DE BRUGES cache bien des secrets. A la lecture du résumé du film et (surtout) à la vue de l'affiche, on s'attend à une comédie de gangsters anglais bien ficelée, peut-être même à la hauteur de SNATCH ou d' ARNAQUES, CRIMES ET BOTANIQUES. Mais rien de tout cela. Car le film de Martin McDonagh est plein de surprises. Cela commence presque comme un buddy movie, avec l'opposition classique entre le jeune chien fou et le vieux briscard assagi. Le tandem Colin Farrell / Brendan Gleeson fonctionne, fait rire parfois. Mais pourtant, on reste intrigué par le regard désespéré, endeuillé de Farrell, l'attitude paternaliste de Gleeson. Que s'est-il vraiment passé avant d'arriver à Bruges ? De fil en aiguille, ce qui avait commencé comme une comédie noire à l'anglaise s'est transformé en une tragédie au sens classique du terme. L'ensemble du film nous entraine inexorablement vers le final où tous les coupables sont punis : pour preuve, cette scène où Ray se retrouve face à une peinture représentant le Jugement Dernier, annonçant la dernière partie. A la réussite d'un scénario réglé comme du papier à musique s'allie des personnages à la psychologie très creusée, d'une part grâce au développement qui leur est accordé dans l'histoire et d'autre part du fait d'une direction d'acteurs impeccables : on n'avait jamais vu Colin Farrell aussi fragile et sensible dans le rôle du jeune tueur qui n'assume pas l'entière responsabilité de ses actes. A côté de lui, Brendan Gleeson et Ralph Fienes confirment tous le bien que l'on pensait déjà d'eux, l'un en tueur repenti et l'autre en homme violent mais au code d'honneur bien établi. Autour de ce triste trio se dresse, fantomatique et irréelle, la ville belge, qui sert de décor à cette histoire macabre. Le réalisateur Martin McDonagh réussit là un petit film qui a le mérite d'être complet (même si, il faut l'avouer, il contient l'une des courses poursuite les moins bien rythmées de toute l'histoire du cinéma, cf la scène finale) et, à défaut d'innover, de surprendre.

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11/7/2008 -

Ari s'en va t'en guerre !

 

VALSE AVEC BACHIR
D'Ari Folman
Avec Ari Folman, Ori Silvan, Ronny Dayag...

Date de sortie : 25 juin 2008



Les rues d'une ville au soleil couchant. Vingt-six molosses cavalent et hurlent à la mort sous la fenêtre d'un homme. C'est le rêve que l'ami d'Ari fait sans cesse tous les soirs. A la guerre, au cours de raids nocturnes, il était chargé d'abattre les chiens pour ne pas se faire repérer et depuis, ils le poursuivent dans son sommeil. Ari lui aussi a été soldat, mais il n'a gardé aucun souvenir de la guerre, encore moins du terrible massacre d'un camps arabe par des intégristes chrétiens auquel il aurait assisté. En interrogeant des gens autour de lui qui ont participé à la guerre avec lui, des souvenirs vont petit à petit remonter à la surface. Dans VALSE AVEC BACHIR, le réalisateur Ari Folman raconte une histoire, son histoire, son expérience du combat et des traces qu'elle peut laisser sur les hommes. C'est le sujet du film : sous couvert de l'histoire d'anciens soldats dans la guerre israelo-libanais, VALSE AVEC BACHIR se veut une diatribe contre la guerre. Délaissant le côté politique qui sert de façade au film (le problème délicat du conflit israelo-arabe), Ari Folman ne prend parti que contre la guerre, contre la cruauté de l'homme qui sur le champs de bataille ne mérite même pas le nom d'homme. Le propos de cette fable est renforcé par sa forme : l'animation, minimaliste mais d'une poésie à crever l'écran (le rêve d'Ari où lui et deux de ses compagnons se baignent nus sous le coucher de soleil de Beyrouth), transporte le spectateur sous les balles et les grenades, à travers sang et douleur, jusqu'à un final dramatique où il n'y a plus que sanglots et deuils. Acclamé par la critique internationale du dernier Festival de Cannes, VALSE AVEC BACHIR est sans conteste un des films d'animation les plus intéressants de ces dernières années.

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